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Domaine : âme

L’âme du lieu : Jacques Dewez 1926 - 2005


Le Domaine de Sperone a été initié par Jacques et Guy DEWEZ à la fin des années 1960.

Jacques DEWEZ était un homme pudique sur son propre parcours, pourtant remarquable et qui s’est dessiné avec un sens de l’engagement hors norme.

Engagé dans l’aviation en 44, pilote hors pair et marin passionné de courses au large, son implication à Bonifacio ne fut qu’une partie de ce parcours, une partie qui ne fut pas de tout repos. D’abord convaincre, initier et réaliser puis s’opposer aux pressions et violence « avec courage » lui disait on, « avec bon sens » rectifiait-il modestement.

A l’instar des tempêtes qu’il dut affronter, tant en vol qu’en mer, ces violences n’entamèrent jamais son sens de l’engagement et son optimisme.

Il n'était pas homme des honneurs et ne se mettait jamais en avant. Il ne revendiquait pas la paternité de SPERONE. S'il en était l'initiateur avec son frère Guy DEWEZ, passionné d’architecture, il estimait que la réussite du domaine appartenait à tous ceux qui y œuvraient.

Il aimait juste l'idée d'avoir créé un mouvement et d'offrir sa chance à ceux qui souhaitaient y adhérer pour le développer, l'enrichir, le transmettre…


Parcours de Jacques DEWEZ

Engagé volontaire en 1944 à 18 ans dans l'aéronavale et formé aux USA , il obtient ses brevets de pilote dès 44 avec la mention "above average" ("au dessus du lot"), ses supérieurs soulignant son adresse et son calme. Il devint instructeur de pilote de chasse, notamment sur porte avion dans le Pacifique jusqu'à sa démobilisation en 1946.

En 1946 avec des amis pilotes des Forces Navales Françaises Libres, il achète deux hydravions Catalina au surplus américain, les emmènent jusqu’à Nouméa via Honololu et fonde avec son père Henry Dewez la première compagnie aérienne du Pacifique Sud (TRAPAS) qui assura avec une flottille de Seabec et de Catalina, les première liaisons aériennes civiles françaises entre Nouméa, Fidji, Tahiti (novembre 1947), Brisbane et Auckland. Elle se développa jusqu'à ce qu'un un typhon détruisit en 1951 à Nouméa deux des Catalina, précipitant la disparition de la société qui n’avait pu intéresser ni les pouvoirs publics, ni Air France à son développement. En précurseur, il fit néanmoins la démonstration de l’intérêt d’un tel réseau et les Néo-zélandais puis la TAI et l’UTA, et aujourd'hui, Air France prendront plus tard la relève sur ce réseau du Pacifique Sud.

Il retourna en USA où il fut pilote essayeur pour la TWA puis, de retour en France, il travailla pour De Havilland et suivit le programme du COMET. En 1955 il créa une société, le GECA, regroupant un certain nombre d’amis, tous pilotes dans différentes compagnies aériennes qui, sur leur temps disponible, pouvaient s’intéresser à des projets d’aviation commerciale et d’ouvertures de ligne. Avec le développement de cette société et l’achat de plusieurs avions, le GECA devint en 1958 Air Nautic basée à Nice. Jacques DEWEZ en est le Directeur Général et pilote professionnel; précurseur du vol charter, cette compagnie desservira la Corse, une partie de l’Europe et même occasionnellement l’Extrême Orient. Elle inaugura de nombreuses liaisons internes pour le compte d’Air Inter (Lille – Nice) avant que la compagnie ne soit cédée à Air France en 1965.

Parallèlement, il se consacra à une société familiale d'ingénierie et d'aménagement qui réalisa les premières études d'infrastructures pour le développement du sud de la Corse.
Frappé par la qualité environnementale de Bonifacio, son potentiel et son vaste domaine maritime, il souhaita participer dès 1962 à la réunion des conditions d’un développement de la Commune pour répondre à sa vocation de haut lieux de résidence et de navigation de plaisance. Il s’investit en concertation avec les autorités locales dans le Schéma d'aménagement (1965) pour la commune de Bonifacio, dans l’aéroportuaire sur le site de Figari, dans l’hydraulique pour la réalisation de barrages et dans le portuaire en achetant en 1966 à la Marine Nationale la concession du plan d’eau du centre Nautique (port de Bonifacio)


Aéroportuaire (1962-1966):

Il retint le site de Figari et confia à un bureau d’étude la faisabilité et les plans d'exécution d'un aéroport (1962-1964), aboutissant jusqu'à la réservation par la Délégation de l'Aménagement du Territoire des terrains mais l'Aviation Civile s'opposa au projet pour lui préférer alors l'agrandissement de l'aéroport de Calvi. Le projet fut ajourné en 1966 mais la démonstration de l'utilité d'un aéroport sur le seul site possible fut faite et la Chambre de Commerce lança finalement les travaux d'un aéroport à Figari en 1973.


Hydraulique (1964 – 1968):

Il confia à la Lyonnaise des Eaux une étude hydrogéologiques sur la Commune de Bonifacio. Il fit alors acquérir le Domaine de Balistra pour y réaliser un barrage d'une capacité de 4 millions de m3 et porta l'étude jusqu'à l'appel d'offre. Mais le projet fut suspendu car le concept et les participations administratives furent alors réorientés sur le projet du barrage de l'Ospédale, d'une capacité certes moindre mais desservant un plus grand territoire (Porto Vecchio, Bonifacio).


Portuaire (1966-1989):

Intimement convaincu du rôle que pourrait jouer Bonifacio dans la plaisance, il y créa une course « Un homme – Une femme – Un voilier » en 1963 qui connut plusieurs éditions. Il acquit de la Marine Nationale la concession du Centre Nautique de Bonifacio qu’il transforma en hôtel. Il renforça les quais, mit en place des appontements, une Capitainerie, un shipchandler, un chantier naval de construction et de réparation avec grue de levage et qui employa jusqu’à 30 personnes dans les années 1970.

Fidèle en amitié, il emmena dans son aventure portuaire un ancien mécanicien de la TRAPAS (Macé) et son ancien chef d’escale d’Air Nautic, Laurent devenu capitaine de port et figure emblématique de Bonifacio qui devient alors un des lieux d’escale les plus réputés de Méditerranée.

IL confia dès 1967 à des bureaux d'études le projet d'un développement du port vers la Catena pour y accueillir les zones de débarquement et de chantier naval. Mais ne pouvant réunir les conditions de développement et de gestion unitaire du port, il rétrocède sa concession des quais et de son hôtel du Centre Nautique au département en 1990.


Immobilier (1969 – 2005):

Avec son frère, Guy DEWEZ, passionné d'architecture, il se consacra également à la création d'un aménagement immobilier sur 12 ha, le Village Marin de Ciappili, concept architectural de maison en ossature de bois (dès 1970) et qu'il confia au GEA.
Véritable laboratoire architectural, Ciappili était une démonstration voulue par Jacques et Guy DEWEZ pour attirer les aménageurs et poursuivre cette réalisation à l'échelle de la propriété (135 ha). Les événements des années 1970-80 en Corse n'ayant pu permettre de réunir les conditions nécessaires à la venue de tels aménageurs, il engagea alors son propre groupe dans la réalisation du Domaine de Sperone (1985) et de son golf international (1989) aujourd'hui classé "premier site de France" et parmi les plus spectaculaires au monde. Quant au pari architectural - un parti pris unique en Europe du Sud - le nom de Sperone résonne aujourd'hui comme une référence pour un aménagement de loisir et offre l'exemple d'une architecture vivante, raffinée et parfaitement intégrée dans son environnement.


Les passions:

Passionné d'aviation, il possédait plus 40 qualifications, du mono moteur militaire (9 licences) ou civil (17), du bimoteur (11) au quadri moteur type DC4, DC6 ou Boeing 307.

Grand sportif, il participa de 1950 à 1967 comme pilote automobile amateur ou semi professionnel à plusieurs rallyes, notamment sur glace, Monte Carlo, les 1000 miles, tour de Corse ainsi qu'à 9 participations aux 24 h du Mans sur Aston Martin et sur Porsche.

Il aimait par dessus tout la voile qu'il pratiquait depuis son enfance : du monocoque, qui lui permit en 1973 d'obtenir une première place au championnat de Méditerranée, au trimaran sur la route du Rhum ou sur Quebec –Saint Malo (1er en 1984 dans la catégorie classe III en équipage avec Tony Bullimore), et surtout la Transatlantique en solitaire Plymouth Newport, course qu'il chérissait particulièrement à laquelle il participa en solitaire à plusieurs reprises, d’abord sur trimaran (en 1988 à 62 ans) et pour la 3è fois, toujours en solitaire mais sur monocoque de 40 pieds, en mai 2005 à 79 ans.